Deux décisions prises hâtivement, l'une étant la "loi de soutien de la prise de brevets dans les universités" - que nous abbrévions ici en "Loi des usines-à-brevets" -, l'autre, liée à la première, une "modification de loi sur les inventions dans le cadre du travail" - ou plus court, "loi des chercheurs-esclaves", instituent la suppression totale du droit des professeurs d'université à mettre à disposition du public leurs résultats de recherche conformément à l'éthique de Benjamin Franklin. Tout professeur d'université est tenu de signaler au bureau des brevets de son université tout ce qui est potentiellement brevetable avant d'avoir le droit d'écrire un quelconque papier sur ses résultats. L'administration des brevets, qui doit être mise sur pied grâce à une injection massive d'argent public d'ici à 2003, disposera alors de l'ensemble de la "propriété intellectuelle". Le consentement des professeurs à la perte de leur liberté et de leur dignité sera compensé par quelques gâteries : ils toucheront 30 pourcent des revenus ainsi générés. Les universités d'Etat assument le risque entrepreneurial de la valorisation des brevets, tandis que les professeurs un peu malins peuvent continuer à valoriser dans leur coin les inventions vraiment intéressantes, dans le secteur privé. Là où auparavant la valorisation par le brevet représentait une opportunité pour le secteur privé, mais aussi un écart par rapport à la norme culturelle du monde savant - une publication rapide et le moins possible d'obstacles à la communication -, l'avenir de la culture savante elle-même menace de se retrouver soumise aux contraintes de valorisation dictées par l'administration des brevets. Nous verrons la séparation entre recherche fondamentale subventionnée par l'Etat, et secteur des applications soutenu, ô combien, par les brevets, et cette séparation se fera au détriment de chacun des deux domaines.